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IRONMAN de NICE : R√©sum√© de Pierre HAENECOUR ( 53 )

J+2... les jambes sont un peu lourdes, pas de sport pr√©vu... √ßa me laisse le temps de faire un petit compte rendu de course. Comme j’ai m√™me beaucoup de temps disponible, j’en ai fait deux. Un petit, puis pour les courageux, un long. ūüėä


CR court :

5h45 :
Arriv√©e au parc √† v√©lo. Je regonfle les pneus en vitesse, je prends ma combi, bonnet, lunettes, et c’est parti pour la plage. J’enfile la combi avant de descendre.
Je d√©cide de me mettre dans le sas "moins de 1h18". D√®s le d√©but de la natation, je r√©alise que je d√©passe r√©guli√®rement. C’est bon signe. Fin de la premi√®re boucle, tout va bien. Plus que 1500m et je suis dehors. Un peu de houle sur cette seconde portion mais l’essentiel est acquis, je sors en 1h10 avec une l√©g√®re crampe au mollet gauche.
Transition lente m√™me si j’ai cru que je la faisais rapidement Je sors du parc a v√©lo un peu avant la 700√®me position... Une fois sur le v√©lo, je prends le temps de faire descendre les pulsations. Objectif <155bpm. Je me fais d√©passer par quelques avions de chasse. Je les reverrai tous, ou presque, avant la fin du parcours v√©lo. Je ne ferai que d√©passer des gens une fois les premi√®res pentes.
Apr√®s une fin de parcours canon, je pose le v√©lo en 5h43 √† ma montre, soit 2’ de mieux que mon objectif. J’ai la banane, et des supers sensations.
D√©but de la course √† pied, et douche froide. En fait, je suis d√©j√† dans le dur. Les ischios et les fessiers sont tendus. Tant pis j’essaie de prendre mon rythme... 5’30/km. Je le tiens 20km avant de faiblir petit √† petit. je finis le marathon en 4h13. Un peu moins bien que ce que j’avais imagin√©, mais tellement heureux d’en finir. Je ferai les 3 derniers km avec un sourire jusqu’aux oreilles malgr√© la douleur. Le passage de la ligne, avec Pierre Eggerickx qui m’attend sera v√©cu comme une explosion de joie.
Grosse satisfaction du jour : le soutien des spectateurs, la trifonction arena (juste g√©niale) et les efforts r√©alis√©s avec Jacques qui ont pay√©.

(Toute) Petite d√©ception : l’incapacit√© √† maintenir mon rythme de croisi√®re sur l’ensemble du marathon.


CR Long :

20/07/2017,22h : mise au lit. En 3minutes je suis endormi. J’ouvre un oeil, et j’ai trop bien dormi, mais mon r√©veil n’a pas encore sonn√©. Je regarde la montre... 22h25. Zut... la nuit va √™tre longue. Je me tourne dans mon lit jusque minuit et je m’endors finalement √† la faveur d’un documentaire particuli√®rement soporifique sur Arte ou France5.
3h57, le r√©veil sonne. J’enfile un short et un T-shirt, je prends mon Gatosport, et je descend dans le hall retrouver Pierre et Louis. Nous d√©jeunons √† 3. Ambiance d√©tendue et petites blagues de circonstance pour se faire rire un peu avant cette longue journ√©e. Retour dans les chambres pour embarquer le dernier matos √† amener au parc (gels, barres, boissons iso et gourdes) pour un d√©part pr√©vu √† 5h. La circulation aura raison de notre belle organisation. 5h30, Benoit (qui a gentiment propos√© de passer nous chercher) nous embarque direction le parc v√©lo.
5h45, arriv√©e au parc √† v√©lo. Le temps d’arriver √† notre rang√©e, il est 5h50 et le speaker annonce : tous les athl√®tes doivent avoir quitt√© le parc dans 10’. Voil√†, je stresse ! Je dois mettre mes gourdes, scotcher mes gels/barres, regonfler mes pneus, me changer et amener mon sac √† la consigne. impossible de tout faire. Je fais une croix sur les gels. Je les mets dans les poches de la trifonction Arena que le club nous pr√™te pour l’occasion. Elles sont grandes, tout y passe. Ouf !
6h05, en route pour la plage. On avance en rang serr√© au milieu du public. Sur la droite, j’aper√ßois la famille qui s’est lev√©e au aurore pour m’encourager. Je m’arr√™te 20" pour discuter mais je sens que je ne dois pas rester trop longtemps l√†. J’ai la gorge nou√©e et l’√©motion qui monte. Je repars vite vers la plage avec David et Pierre. Grosse accolade avec Pierrot qui va d√©marrer dans un meilleur sas que moi. Seconde mont√©e d’√©motion. Il est vraiment temps qu’on parte ou je vais pleurer. Avec David on se place dans le sas "moins de 1h18". On regarde les pros partir, hommes puis femmes. Ils donnent l’impression de pas avancer... Qu’est ce que √ßa doit √™tre quand on nous voit nager !
6h35, je passe la barri√®re, j’appuie sur la montre, et je marche tranquilement dans l’eau. Bonne chose, on perd rapidement pied ici, on peut se mettre √† nager directement. L’eau est excellente. Le speaker a annonc√© 23,7°. La mer est calme, et bien transparente. Gr√Ęce au rolling start (5triathl√®tes s’√©lancent toutes les secondes) d√®s les premiers m√®tres je peux poser ma nage et d√©marrer √† mon rythme, sans devoir me battre dans une for√™t de bras et de jambes. Je vois les poissons qui nagent sur les galets √† quelque m√®tres sous la surface. C’est magique. Au bout de quelques centaines de m√®tres, je prends une respiration sur la gauche, en regardant vers Saint-Jean Cap Ferrat, c’est l’heure du lever de soleil. Superbe. Apr√®s 1000m, on tourne √† droite (je prends le tournant tr√®s large, √† au moins 10m de la bou√©e pour √©viter les coups). Idem 300m plus loins pour entamer le retour vers la plage. Sur cette portion, la natation √©tait rendue beaucoup moins facile par une petite houle qui nous baladait. De retour √† proximit√© de la plage, je regarde la montre. 2400m. Encore 1400m, et on est sorti. Le d√©but de la seconde boucle est plus compliqu√©. Le soleil emp√®che de voir les bou√©es. Tant pis, je vais suivre les bras et bonnets devant moi. Les bou√©es de cette seconde boucle sont rouge. Les bonnets... aussi. √ßa c’est malin ! Petit coup d’oeil √† la montre sur le retour. 3800m. je l√®ve la t√™te, et je vois l’arche d’arriv√©e, juste devant moi. J’ai l’impression que cette natation est pass√©e super vite. Je donne encore quelques coups de bras et je m’extrais de l’eau en 1h10 pour 3930m √† la montre. J’aper√ßois Marine et Tracy sur la droite qui m’encouragent. Je remonte sur la promenade en trottinant. J’ai la banane, je me sens bien, m√™me si une petite crampe au mollet m’a un peu stress√© sur la fin de la natation. Mais je ne la sens plus. J’enl√®ve le haut de la combi, je prends mon sac de transition, et je me change en vitesse (enfin j’ai cru que j’allais vite) sous les encouragements de la famille qui s’est judicieusement plac√©e au niveau de la transition. "le sac bleu Pierre" . Bien vu, j’allais prendre le sac rouge ! Je prends mon v√©lo et je me dirige vers la sortie du parc. Les sensations sont supers. Je monte sur ma machine et je v√©rifie que tout fonctionne. Une petite gorg√©e d’Isoplex pour enlever cet horrible go√Ľt sal√©, et je passe le Negresco. Avant ce jalon, interdit de se mettre sur les prolongateurs. Je me mets en position, et je cherche mon allure. Je regarde mon cardio : 165. C’est trop, je vais laisser √ßa redescendre. Je me fais passer par un bon nombre de triathl√®tes d√©cha√ģn√©s sur les 3-4 premiers km. Je me fixe √† 155 et je me mets sur les prolongateurs. √ßa m’am√®ne √† des vitesses de 33-34kmh dans le faux plat de la plaine du Var. Km 20, tournant √† gauche et d√©but des choses s√©rieuses. La condamine, 400m √† 14%. Ca peut para√ģtre ridicule sur papier, mais avec un v√©lo de chrono et du 39-28, √ßa fait un peu flipper. Ce premier √©cueil est pass√© sans encombre. Place ensuite √† un long faux plat montant. Je d√©passe les gens par paquet. Je me fais par contre assez peu d√©passer, si ce n’est entre autre par un triathl√®te qui m’a bluff√©. L’homme, qui n’avait qu’un seul bras, m’a d√©pass√© au km 25. Donc il a nag√© 3800m sur un bras, et en 25km il √©tait d√©j√† devant moi (et il allait √† une autre allure !). Respect. (on me dira plus tard qu’un second manchot etait sorti de l’eau avant moi... bluffant) La suite du parcours v√©lo se passe sans encombre. Je regarde toujours le cardio, je m’alimente, je d√©passe, et je me sens toujours aussi bien. Je prends le temps de discuter avec deux trois personnes sur le parcours. Si j’arrive √† parler sans peine, c’est tr√®s bon signe. J’avais reconnu le parcours avec Louis 3 semaines avant, et je savais exactement ce qui m’attendait au fil des kilom√®tres. Dans la descente avant le col de Vence, une ambulance me passe √† grande vitesse. Je la retrouve 2-3km plus loin en train de prendre soin d’un triathl√®te. L’√©tat de son v√©lo me rappelle qu’il s’agit d’√™tre vraiment prudent. inutile de reprendre une gamelle comme au Salagou il y a 6 semaines. dans ce col, on a le long aller-retour du parcours, o√Ļ j’esp√®re bien croiser Pierre. Je le vois en effet, et j’estime √† ce moment mon retard √† 10 minutes. Je ne croise par contre pas Louis. J’esp√®re vraiment √† ce moment qu’il ne lui est rien arriv√©.
Km 120, on descend 12km, puis un petit faux plat jusqu’au 138, puis c’est descente ou plat jusqu’√† Nice ! Dans ces portions je roule r√©guli√®rement compl√®tement seul. Je d√©passe encore pas mal de gens, mais les concurrents sont de plus en plus espac√©s. Juste avant de repasser la condamine dans le sens descendant, je prends un gros trou. Ma trousse de r√©paration, avec deux chambres √† air, le d√©monte-penu, et trois cartouches de gaz vole par dessus la rambarde. A ce moment il me reste 20km, et je deviens litt√©ralement parano. Je roule dans les traces de voitures, et je scrute la route √† la recherche du moindre bout de verre ou gravillon afin de l’√©viter. Dans la vall√©e du Var. Le vent souffle fort, et en rafale. L√†, mon Fuji de chrono fait vraiment la diff√©rence. Je me pose sur les prolongateurs, je me limite √† 150bpm, et je pousse sur les p√©dales. je tourne autour de 35-37kmh. J’ai l’impression que les gens que je d√©passe ne p√©dalent plus tellement le diff√©rentiel de vitesse est grand. Km 165, passage sur le pont du Var, et retour sur la prom’. Les 5 derniers km m’ont paru interminables. Je l√®ve un peu le pied pour r√©cup√©rer un peu avant le marathon. Je scrute les joggeurs pour essayer d’apercevoir Pierre. Il est √† un peu moins d’un km du parc √† v√©lo quand je le croise. J’estime sa transition √† 4’, son premier km √† 5’, le temps pour rejoindre le parc pour moi √† 1’. J’imagine alors qu’il a toujours 10’ d’avance sur moi. On a tout les deux fait un super d√©but de parcours ! Mais il reste le plus dur.
Quand je pose le v√©lo, j’ai un sentiment de joie intense qui m’envahit. J’en suis √† 7h de course, et les d√©lais de 16h devraient m√™me me permettre de finir en marchant. Je rentre dans le parc, v√©lo √† la main, et l√† c’est la grosse surprise. Il n’y a presque pas de v√©lo dans ce parc ?!? Je verrai apr√®s que j’ai du poser alors qu’il y avait moins de 170 v√©los dans le parc (sur 2300 places, √ßa laisse du vide). temps officiel, 5h44’03". Moi qui visait 5h45, c’est parfaitement dans l’objectif. Je sors sur le marathon en me disant " pas trop vite ; pas trop vite". √ßa n’a pas rat√©, je cours le premier km en 4’50. C’est trop vite ! J’ai les ischios et les fessiers qui font tr√®s mal alors que je pensais √™tre fit and well pour d√©marrer le marathon. Le manque d’entrainement en col se fait sentir.
La suite du marathon, ce ne sera que la succession de jalons au del√† desquels je n’avais pas le courage de regarder. C’√©tait tellement long que je ne pensais qu’√† la prochaine √©tape sur mon parcours. Apr√®s 600m, c’est Tracy et Marine. 200m apr√®s, il y a un ravito. Puis j’ai 1km5 avant d’arriver √† la famille au grand complet, puis 200m pour le ravito, 1km7 pour le ravito suivant, 900m pour le demi-tour, 900m pour revenir au ravito, 1km7 encore un ravito, puis 200m, la famille, 1km5 ravito, 200m Tracy et Marine, 600m pour prendre un chouchou et faire demi-tour, puis rebelotte ! Bien que j’ai pass√© plus de 4h sur ce marathon, dans mon esprit c’est tr√®s tr√®s court. Je ne saurais pas exactement dire ce qui s’est pass√© aux deuxi√®me et troisi√®me tours. Je ne m’en souviens d√©j√† plus. Ce dont je me souviens par contre, c’est d’avoir crois√© les copains qui √©taient aussi sur la course. Pierre et son allure constante et a√©rienne, Louis, David, Benoit et Cl√©ment. J’ai √©galement eu l’occasion de croiser Fred Van Lierde, et de me faire passer par Victor del Corral. Incroyable d’imaginer que ces gars tiennent le 3’50"/km apr√®s tout le reste, et sous 35°. Le voir en vrai, c’est bluffant. _ J’avais l’impression de marcher quand ils me d√©passaient. Les souvenirs de la fin d’√©preuve sont √† noveau tr√®s clairs √† partir du dernier demi-tour √† l’a√©roport. D’abord, il y a Benoit qui me d√©passe (et qui finit 7’ devant moi, sur 5km, √ßa situe son allure) et puis il y a ce sentiment incroyable de savoir qu’on en a presque fini. Je vois le Negresco au loin, et je sais que 500m plus loin, je serai sur la ligne d’arriv√©e. Tous les b√©n√©voles sont d√©j√† en train de me f√©liciter : "bravo, tu as fini, dernier passage ici,..." sur les 3 derniers km, je n’ai plus mal nulle part. Je sais pas acc√©l√©rer pour autant, mais je me sens super bien. J’ai un sourire jusqu’aux oreilles dont je n’arrive pas √† me d√©faire. Je prends l’embranchement vers la droite apr√®s l’avoir pris trois fois vers la gauche. Cette fois c’est la finish line pour moi ! Je vois J√©r√īme qui me tend le drapeau belge. Je ne le prends pas, j’ai envie d’avoir les mains libres. Toute la famille est sur la gauche. Je tape dans les mains de tout le monde. L’ambiance est dingue ! Je tape √† gauche, je tape √† droite. J’ai la chair de poule. Et puis j’entends le speaker annoncer : on accueille Pierre qui en finit ! Encore un Golgoth qui vient de Belgique. Je passe la ligne les points en l’air et la gorge serr√©e. Je l’ai fait. J’ai fini. Tant de sacrifices et d’entrainements pour ce sentiment incroyable ! En passant la ligne, j’aper√ßois le petit Pierre qui m’attend avec sa m√©daille autour du coup. On se tombe dans les bras l’un de l’autre. Presque trois ans d’√©mulation nous ont amen√© du triathlon promo de Namur √† l’Ironman de Nice ! On y est arriv√© !
A ce moment on ne peut pas s’emp√™cher de penser √† un certain nombre de personne :
A Jacques qui nous a amené jusque là avec ses plans sur mesure et son suivi constant,
A Axel (Jusk’o Bout) qui m’a suivi et fait d√©couvrir la rigueur de l’entrainement jusqu’au mois de d√©cembre dernier,
A la famille qui a eu √† subir les heures d’entrainement et l’indisponibilit√© qu’elles impliquent. Et puis quel privil√®ge et quelle joie de les avoir tous eu √† mes c√īt√©s pour me porter durant cet Ironman. Je ne les remercierai jamais assez et surtout je n’oublierai jamais.
Aux copains (et copines), qui ont partag√© une heure, deux, ou plus, d’entrainement, pour rendre la charge moins lourde. Tout particuli√®rement mon partenaire de crime, Pierre, qui m’a suivi dans tous mes d√©lires sportifs cette ann√©e (swimrun, duodiagonale, et enfin Ironman). Je lui en veux quand m√™me un peu de m’avoir mis presque 20’ dans la vue !
Puis √©videmment, tous les gens qui de pr√®s ou de loin, par un encouragement, un message,... ont un impact beaucoup plus grand qu’ils ne peuvent l’imaginer.

Maintenant place à un repos bien mérité...